DATE DE SORTIE : 11/02/2014
ARTISTE : Nicolas Folmer
LABEL : Cristal Records
PRODUCTEUR ARTISTIQUE : Creation Jazz
SPHERE

Après l’album « Lights » dans lequel Nicolas Folmer en invitant Daniel Humair avait commencé à explorer une voie où on ne l’attendait pas, le trompettiste avec ce nouvel album compose une musique aux formes encore plus ouvertes, plus suggestives que figées, encore plus mobiles et modulables.
Les musiciens qui accompagnent Nicolas Folmer ont un rôle important dans cette évolution, Daniel Humair, déjà présent sur l’album précédent l’a incité à renoncer au confort d’un jeu par trop prévisible, les invités de ce nouvel album n’ont fait que renforcer l’attirance de Nicolas Folmer vers des rivages mouvementés, Dave Liebman, compagnon de route de Miles Davis, marqué par l’esprit de Coltrane, et Michel Portal chantre européen de l’improvisation.
Et pour terrain de jeu à ces belles rencontres, l’Opéra de Lyon qui pendant plusieurs jours a accueilli Nicolas Folmer et ses invités avec pour résultat un superbe concert/album qui, une fois de plus, nous laissera à penser que le jazz est toujours bien vivant…

 

Ce que Vincent Bessières, journaliste à Jazz News, en dit …

« C’est l’art des grands artistes de ne pas être où on les attend. De nous donner à voir, à entendre, à lire, à contempler, des oeuvres qu’on ne les soupçonnait pas capables de créer. Capables non au sens de la compétence ou de la technique, mais au sens de la disposition d’esprit, des représentations mentales : celles qui font que l’on peut se projeter ailleurs, que l’on parvient à tirer de soi quelque chose de neuf, d’inattendu, d’inespéré parfois, une forme d’inédit dans laquelle on se révèle autre, différent.

Dans le jazz plus que dans toute musique, cette capacité à être dans le devenir de soi-même est devenue presque un impératif catégorique depuis que Miles Davis en a établi le principe. Miles Davis, un musicien dont, avec le temps, Nicolas Folmer semble se rapprocher insensiblement. Non dans le son, ni dans le style, mais dans l’attitude à l’égard de la musique, de ses nuances, de sa circulation, de sa provocation.

Il est probable que Sphere sera une surprise pour celles et ceux qui n’ont pas entendu Nicolas Folmer depuis longtemps. Une bonne surprise, cela va de soi. L’instrumentiste brillant, d’une maîtrise qui lui vaut l’estime de confrères de la trempe de Wynton Marsalis, s’y éclipse devant le musicien en recherche, à l’affût de sensations inédites. Le chef d’orchestre et arrangeur doué, amateur de mélodies graciles et de tourneries funky, cède la place à un compositeur aux formes ouvertes, plus suggestives que figées, mobiles et modulables, à qui importe moins ce qui est noté sur la partition que ce que ses partenaires en font dans l’instant de l’improvisation. Il faut saluer cette métamorphose, qui n’est pas une révolution radicale mais l’évolution naturelle d’un musicien qui, après avoir assimilé beaucoup, se sent prêt à disposer de lui-même et de son savoir.

Les musiciens qui accompagnent Nicolas Folmer dans cette aventure ne sont pas pour rien dans cette évolution. Daniel Humair, batteur avec qui il jeta les bases du groupe, a fortement encouragé ce désir de changement, brisant ses dernières réticences à lâcher la bride, l’incitant à renoncer au confort d’un jeu par trop prévisible et à s’engager dans ces directions inédites pour lesquelles son attirance allait grandissant. Des velléités que n’ont fait qu’attiser les deux invités de ce vrai faux disque « live » (enregistré sur plusieurs jours mais monté comme un concert unique, sans faux raccord), David Liebman et Michel Portal, qui sont comme les pôles de cette Sphère auquel l’album doit son titre. D’un côté, Liebman, compagnon de route de Miles Davis, saxophoniste marqué par l’esprit de John Coltrane, et qui porte en lui tout l’héritage du jazz moderne, jusque dans ses tréfonds les plus ténébreux ; de l’autre, Portal, qui depuis plusieurs décennies, est l’instigateur d’une autre façon d’appréhender le geste de l’improvisation, attentif à ce que l’urgence de l’instant peut faire jaillir comme sources spontanées de musiques. Entre eux, au fond, moins de différences que de parentés et, surtout, une manière d’être constamment sur la brèche, de se plier aux exigences de l’interaction, sans faux semblant, qui donne à cet album une part de sa cohérence et de son inspiration.

Face à de pareils partenaires, Nicolas Folmer a rebattu les cartes de son jeu pour mieux laisser libre champ à son expression mais aussi se repositionner à l’intérieur de la musique et faire jeu égal avec ceux qu’il a conviés à l’explorer avec lui. Dans cette configuration, Emil Spanyi au piano et Laurent Vernerey à la contrebasse trouvent brillamment leur place, qu’ils contribuent à définir le périmètre d’évolution de la musique ou qu’ils interviennent directement en son cœur.

Avec une réussite qui en bluffera plus d’un, Nicolas Folmer s’impose sur un territoire où on ne l’attendait pas, bousculant nos préjugés, balayant nos certitudes. Souverain de son instrument, comme autrefois, mais relevant le défi de la musique, du jeu collectif, de la mise en danger. De quoi, une fois encore, nous inviter à considérer le jazz comme l’espace plurivoque de toutes les réinventions. »

 

LINE UP:

Nicolas Folmer : Trompette
Daniel Humair : Batterie
Emil Spanyi : Piano
Laurent Vernerey : Contrebasse
Michel Portal (1,3,9) : Clarinette basse & Saxophone soprano
Dave Liebman (2,4,7,8) : Saxophones ténor & soprano, Flûte ethnique

 

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